La synthèse des ateliers participatifs

Jean-Baptiste de Foucauld, porte-parole du Pacte civique et membre fondateur d’Esprit civique, a proposé aux participants, vendredi en début de soirée, une synthèse des discussions qui se sont déroulées lors des ateliers participatifs de l’après-midi. Cette restitution, bien qu’incomplète comme tout exercice de cet ordre, laisse entrevoir quelques pistes d’échanges et des pistes d’amélioration pour la société.
1er atelier : quelles utopies pour une démocratie revivifiante ?

J’étais le témoin de cet atelier et l’animateur était Didier da Silva. J’ai essayé de développer l’idée que la démocratie ne se résumait pas à une série de procédures mais supposait un ensemble de valeurs de nature spirituelle et transcendante si on la prend vraiment au sérieux.  Elle suppose un rapport à l’autre qui fait considérer chaque personne comme unique et  qui doit donc bénéficier de l’égale dignité, égale dignité derrière laquelle nous courrons tous mais sans vraiment l’atteindre.

J’ai ensuite parlé des moyens d’avancer vers une société dans laquelle les rapports entre démocratie et économie se revisitent et se réorganisent. Les démocraties se sont beaucoup fait alimenter par le progrès économique et technique. On sent qu’aujourd’hui nous buttons sur cela, qui ne marche plus bien. Il va nous falloir trouver de nouveaux rapports entre démocratie et économie.

Trois idées sont ressorties de cet atelier. Nous avons à construire un nouveau modèle de développement plus centré sur la personne, sur la qualité pas seulement la quantité, plus sur l’élévation que sur l’excitation. Pour ça, nous avons plusieurs formules : l’économie sociale et solidaire, une série d’innovations sur le terrain.

Mais nous ne pouvons pas construire ce modèle en refusant la mondialisation. Et donc, notre débat à venir est – et c’est probablement là, la grande utopie – comment construire ce modèle dans l’Europe, l’Europe devenant elle-même un acteur majeur de la mondialisation ? Il faut partir de ce fait que la nouvelle donne c’est la mondialisation. On ne peut pas la répudier. Il faut se situer en tant qu’acteur en son sein, s’y adapter pour pouvoir ensuite la modeler. C’est le grand projet de demain.

La deuxième idée est qu’il faut s’appuyer beaucoup plus qu’on ne le fait sur les forces créatives de la société civile. Il y a beaucoup d’innovations, des collectifs qui se créent – le collectif de la transition entre autres, les monnaies complémentaires… Des forces alternatives existent mais elles ne sont pas regroupées et organisées. Tout le problème est de les amener à coopérer ensemble.

Troisième idée, pour gérer tous ces processus, on a besoin d’améliorer les méthodes de fonctionnement de notre démocratie. C’est-à-dire qu’avant de décider, avant de délibérer entre élus, il faut  construire sur chaque sujet des points d’accord et de désaccord avec la société civile, avoir une éthique du dialogue bien construite en utilisant la communication non-violente, en s’inspirant de ce que fait Jo Spiegel à Kingersheim (travailler à la fois avec les élus, les experts, les associations, et des citoyens tirés au sort…).

2ème atelier : l’égale dignité, quelle vision de l’homme et de la personne défendre en République ?

L’atelier tournait donc autour de la question : comment remettre la personne au centre de la vie politique ? Plusieurs idées ont été mises en valeur.

Ce qui rend digne, c’est le regard que l’on porte sur la personne. Il y a une dimension subjective de la dignité, avec la question du besoin de reconnaissance qui nous traverse tous. Deuxièmement, il faut passer de l’individu autonome, en voie d’épuisement, à la personne en lien avec les autres. Troisièmement nous avons à faire le pari de l’optimisme : ne pas se complaire dans la plainte permanente, pour arriver à réenchanter le monde. On le fait d’autant mieux que l’on sollicite le meilleur de soi-même, car c’est alors que l’on devient constructif.

Enfin, la question du rôle de l’élu dans cette valorisation de l’égale dignité a également été abordée. L’élu ne doit pas seulement prescrire, ni théâtraliser ses prestations sur la scène médiatique mais écouter et donner du sens. Tout ceci implique que l’on se redonne du temps pour cheminer dans la démocratie. On a besoin d’une réappropriation du temps.

3ème atelier : Emploi, travail, entreprise, la remise en cause du pacte républicain par la crise du travail et de l’emploi

Un constat : près de 5 millions de personnes qui souffrent d’insuffisance de travail, avec tous les effets multiplicateurs induits de cette exclusion dont on ne voit pas immédiatement les conséquences… L’atelier a abordé trois pistes.

D’abord le dialogue social. Le dialogue social ne porte pas vraiment sur cette question, il ne s’est pas encore plongé à bras le corps de cette crise du modèle républicain dû à l’irruption du chômage dans la société. Il y a bien des tentatives, mais on ne peut pas en faire un bilan suffisamment positif. Dans l’ensemble, tout le monde ne s’est pas mis autour de la table du retour au plein emploi pour dire « on peut y arriver, et on va y arriver en se donnant les moyens qu’il faut ».

Pour aller dans cette direction, il faut accepter de nouer une interaction beaucoup plus grande avec les acteurs de terrain, les entreprises d’insertion, les associations ; les administrations qui construisent les politiques publiques  ont souvent du mal à consulter l’échelon local et à prendre en compte ce qui remonte du terrain.

Enfin, la question sempiternelle mais bien réelle de la formation professionnelle, aussi bien des demandeurs d’emploi que de ceux qui travaillent et sont peu qualifiés. Avec cette interrogation : l’éducation nationale prend-elle suffisamment en compte la question de l’emploi ? A-t-elle vraiment pris conscience de cette brèche dans le pacte républicain et de la contribution qu’elle devrait apporter pour la combler ?

4ème atelier : le « mal vivre », où en est le modèle social français ?

Je vais me permettre une remarque personnelle : je n’aime pas parler du modèle social français, car je considère qu’il n’y en a plus. Quand on a laissé le chômage perdurer aussi longtemps dans cette société, sans vraiment réagir en profondeur, sans se sentir tous responsables du sujet, on ne peut plus parler de modèle. On a bien des éléments d’un modèle – on a la sécurité sociale, la complémentaire santé, la retraite, la politique familiale… – mais tout ça ne fait pas ou plus modèle.

Le problème est justement de reconstruire, de recomposer un modèle social. Il faut le dire comme ça car, en parlant de défendre le modèle social, chacun défend sa petite part du « modèle »l et on n’est plus dans l’interaction. Parenthèse fermée.

L’atelier a mis en avant trois points. Le développement du travail social de proximité, ainsi que le travail bénévole. Il ne se suffit plus à lui-même, il a besoin d’un nouveau souffle venant du politique. Il n’a pas toujours assez de soutien, en termes d’acteurs.

Il faut introduire ici aussi la dimension du temps long dans les politiques sociales et accepter de prendre en compte la globalité des problèmes des personnes en difficultés, donc construire des parcours – la notion de parcours est important pour le modèle républicain à reconstruire, dans la santé, dans l’emploi, dans la lutte contre l’exclusion…

Il faut aussi recréer de la confiance, accepter que les évaluations ne soient pas déterminées par des critères managériaux trop simplistes, accepter que ce qui est succès aujourd’hui peut être un échec demain et inversement.

Enfin, pour répondre à la question de l’égalité, c’est vrai qu’il y a un problème très sérieux entre les bénéficiaires des politiques sociales et les classes moyennes. Celles-ci comprennent mal, jugent négativement et stigmatisent – volontairement ou non – les bénéficiaires des allocations de minima sociaux. Il y a un vrai problème d’incompréhension, car on sous-estime le découragement des personnes, leurs efforts  pour essayer de faire face à une grande complexité et pour, malgré tout, réussir à tenir le coup.

Il est évident que les responsables politiques ont un rôle important à jouer pour  réduire cette incompréhension. Cela se fait sans doute mieux au niveau local. Il est important de ne pas tomber dans le piège des politiques catégorielles qui accréditent ces incompréhensions.

5ème atelier : État, territoire et République, quel pacte territorial aujourd’hui ?

Le pacte républicain est aussi un pacte territorial. La discussion était axée sur le principe d’égalité des territoires. Ce principe là est effectivement tiraillé dans tous les sens. Il y a la concurrence des territoires, la délimitation de l’action publique, les politiques qui créent des zones de regroupement entre les collectivités, les différences de fiscalité.
En général,  les projets politiques sont beaucoup trop tournés vers l’institutionnel. On oublie trop les habitants, leur capacité d’action, leur « pouvoir d’agir ». C’est important, car, finalement, comme il a été dit, on est désormais dans un territoire plus par ce que l’on fait que parce qu’on y est né. Enfin, dernière remarque, comment restituer le récit républicain dans les territoires ? Car il y a aussi des récits républicains dans les territoires, et il ne faut pas les oublier !

Jean-Baptiste de Foucauld

1 comment for “La synthèse des ateliers participatifs

  1. Patrick Bouffard
    22 novembre 2013 at 21 h 49 min

    Merci à Jean-Baptiste de Foucauld, pour cette synthèse.
    Donc, si j’ai bien compris, autants d’ateliers (lieux où des artisans, des ouvriers travaillent en communs) pour impulser autants de chantiers (lieux où sont rassemblés des matériaux et des personnes en lien en vue de procéder à des travaux). En tout cas, continuer d’avoir la volonté de penser et de construire avec Esprit Civique, j’adhère encore plus. Et ainsi, je diffuse largement autour de moi.
    Merci encore et bien amicalement:
    dr Patrick Bouffard.

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