L’Europe inachevée : L’invention de la personne, esquisse de la société européenne

Pour cette seconde conférence du cycle L’Europe inachevée ?, Esprit Civique a invité le 6 mars 2019 Cynthia Fleury autour du thème : L’invention de la personne, esquisse de la société européenne.

En revenant sur la construction de l’ethos européen aux confins des Grecs, Romains, Chrétiens, de la Renaissance et des Lumières, la philosophe et psychanalyste a souligné que l’invention de la personne est liée à la naissance du souci de soi : d’une réconciliation et d’un désir. La réconciliation est celle de l’exigence d’un Etat de droit qui s’exprime sur un sol européen pacifié et doté d’une mémoire commune, quand le désir est celui d’un vécu commun et d’une histoire universelle à construire.

Citant Emmanuel Mounier, Cynthia Fleury montre qu’un travestissement démocratique serait de considérer, qu’au sein de la société, la promotion permanente de l’individu est opposée à des forces considérables de pressions que sont l’économie, la génétique…donnant alors le sentiment d’être remplaçable. Le mouvement des Gilets Jaunes peut être envisagé comme un appel à la reconsidération existentielle des personnes, de leur irremplaçabilité. Cette re-saisine du sujet doit s’exprimer au niveau européen par « une demande de démocratisation, de circuits-court et de dé-technocratisation » de notre Union. La consultation We europeans est en un exemple.

Si nous sommes en déficit de vécu partagé, nous ne manquons pas d’imaginaire, a-t-elle conclu.

Réagissant à ses propos, Pierre D’Harréville, député des Bouches-du-Rhône, s’interroge si « la construction européenne a-t-elle honorée sa promesse de donner toute sa place à la personne ? ». Partant de l’idée de la personne humaine comme dépassant l’individu pour être un produit de rapports sociaux, il exprime ses incertitudessur notre capacité à restaurer une confiance européenne et un respect de chaque individu dans ce moment de défiance partagé. Face aux dynamiques de fractionnement de la société, il est urgent de se constituer autour de biens communs comme socles d’une communauté européenne et par-delà ses frontières.

Adrien Louandre, du MRJC, est quant à lui revenu sur la capacité d’émerveillement du sujet, qui selon Cynthia Fleury est constitutive de la personne, dans ce sens qu’elle crée de l’humanisme. Pour lui, c’est précisément cette capacité qui manque à l’Europe, lieu sur lequel l’on apprend plus à consommer qu’à s’émerveiller collectivement. Pour aller réparer ces « esprits cassés », il retient l’espérance : celle d’une Europe au désir de paix et de justice hier, aujourd’hui et demain.

L’Europe peut peut-être dire quelque chose de commun pour l’humanité.

« Il n’y a pas de solution à l’échelle de l’humanité, s’il n’y a pas d’humanisme dans l’Homme. » Cynthia Fleury

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