Refonder la politique par le lien

Esprit Civique est la bonne nouvelle politique du jour, pour la gauche, pour notre pays ! Voilà ce que pense Philippe de Roux, un des membres de notre laboratoire d’idées.

Le nécessaire changement de paradigme vers un monde plus sobre et plus coopératif nécessite un « réenchantement anthropologique » collectif. Comme le disait Martin Buber : « Au commencement est la relation. » La vision délétère d’un individu maître de son corps, maître de sa vie, maître de sa mort dans le fantasme d’une liberté solitaire doit laisser la place au choix de la « personne », la personne reliée dans la vie, dans une liberté vécue de manière solidaire. Il faut donc remettre en pleine lumière cette « anthropologie du lien » et « la personne au cœur de la gauche », comme nous le proposons avec Esprit Civique.

Cela invite à creuser cette notion de lien. La qualité du lien se construit dans le goût de la différence, de l’altérité et du métissage, du dialogue entre les générations et les cultures, contre les murs du communautarisme et les citadelles de l’entre-soi. La qualité du lien se dévoile dans le surgissement de l’inattendu, dans la non-maîtrise, la mesure, l’accueil de la vulnérabilité et cette liberté vécue dans la relation à l’Autre, qui me révèle ce que je suis.

Ce premier pas vers la confiance et l’action politique renouvelée passe donc par un « sevrage », par une désintoxication de la pensée ultra-libérale ou ultra-individualiste qui, à droite ou à gauche, de l’économie et des rapports dans le travail, a pénétré jusque dans l’intimité des relations entre les personnes.

Pas de retour de la confiance, pas de passage vers la transition écologique ou les « temps nouveaux », sans cette refondation collective de l’anthropologie, en particulier à gauche. Or cette refondation doit être vécue de manière républicaine et participative, quelles que soient les croyances ou les non-croyances. La bonne nouvelle dans notre contexte de désenchantement trop ressassé : qu’il s’agisse des questions d’éthique sociale ou de justice sociale, l’élaboration d’un consensus républicain est possible pour peu que l’on mette en oeuvre des principes d’action politique clairs. Contrairement à ce que l’on voudrait parfois nous faire croire, les récents débats de l’actualité nous ont permis de mieux le comprendre.

Ce « saut » anthropologique conduira à repenser la notion de progrès, non plus une vague incantation, une logique distributrice de droits individuels, mais tout ce qui contribue à resserrer le lien entre les personnes, entre les citoyens. La conséquence concrète de cette unité à construire collectivement devrait être une efficacité beaucoup plus grande dans la lutte contre les processus d’aliénation à l’oeuvre dans le monde, qu’ils soient d’ordre sociaux ou économiques. C’est bien cela qui nous motive.

Cette grille de lecture, extrêmement riche, permettra d’élargir un zoom trop centré sur la recherche d’un bonheur individuel nécessaire mais rétréci s’il ne prend pas en compte réellement l’Autre, que cet autre s’appelle l’enfant, le nomade, la personne handicapée ou en fin de vie. Elle doit contribuer à redonner le goût de l’avenir, le goût d’entreprendre et de combattre une forme de « néo-stoïcisme » déterministe qui laisserait croire que rien ne peut agir sur rien, que le marché ou la génétique seraient la fin de l’histoire, un nouvel « ordre du monde » auquel il faudrait conformer ses désirs, pourtant paradoxalement poussés vers la frustration d’un infini de l’avoir. L’anthropologie du lien ou comment substituer à la finitude de la ressource, l’infinité de la relation, tout en permettant à chacun de manger à sa faim…

La gauche nous semble avoir une place particulière dans ce nouveau combat politique. La lutte contre l’injustice et l’accueil de la vulnérabilité font partie de son histoire, de son expérience, de son ADN. Suivant l’exemple des premiers signataires du texte, il faut convaincre massivement nos concitoyens, en particulier ceux qui sont impliqués dans l’action sociale, de transposer leur engagement au niveau politique. Il faut s’engager, chacun à sa mesure, chacun à sa manière, en particulier à gauche. L’urgence économique, sociale et environnementale sont là et le changement ne viendra pas en regardant tout cela de loin, dans un grognement plaintif et désabusé.

Dans notre monde complexe, il faut initier une nouvelle forme d’implication politique, faire advenir un véritable réseau social de contributeurs permettant la richesse du dialogue avec les élus de la République. C’est un peu cela que nous voulons contribuer à mettre en place avec Esprit Civique. Il y a du boulot à partager pour les années qui viennent dans le jeu politique de notre pays, venez jouer avec nous…

Publié à l’origine sur le blog de Philippe de Roux sur www.lavie.fr

 

1 comment for “Refonder la politique par le lien

  1. Le Roux Michel
    19 avril 2013 at 17 h 14 min

    Une très bonne initiative qui donne l’espoir d’une réflexion politique. Mounier revisité, Ricœur, Maritain ont tracé un chemin. Je me réjouis de voir se lever à l’instar des Poissons Roses et d’autres, une pensée contemporaine de la personne qui conduit à l’action. Les chrétiens de gauche se réveillent.Cela fait du bien d’être pensant et agissant !!!!
    Comment joindre le mouvement, sans être un grand penseur mais un militant chrétien et socialiste entre autres.
    J’attends la revue.

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