« François en Bolivie : au-delà du politique, la responsabilité sociale »

Par Philippe Segretain.

A la mi-juin l’encyclique Laudato Si’ était apparue comme une vision de la gestion de la maison commune qui pourrait nourrir le programme de toute formation progressiste lors des prochaines échéances politiques.

Jeudi dernier, à Santa Cruz dans le sud de la Bolivie, le Pape François est passé de l’énoncé d’un programme à des propositions d’action.

Dans un discours aux « Mouvements populaires » prononcé en présence du Président Evo Morales, chef de file du « Mouvement vers le Socialisme », François a lancé « Notre Foi est révolutionnaire ». Affirmation appuyée par une analyse sans concession où il dénonce l’exclusion sociale, la dynamique guerrière, civile ou internationale, le mépris du bien commun, et l’indifférence à l’épuisement de la planète. Le seul rappel de la phrase de Basile de Césarée qualifiant de « fumier du diable » l’odeur de l’argent corrupteur donne le ton d’une intervention où le capitalisme idolâtre, comme le colonialisme dans ses formes culturelles les plus contemporaines, sont dévoilés et dénoncés. Importante est la phrase qui dit que l’objet de l’économie n’est pas d’assurer une « convenable subsistance » mais de garantir aux peuples et à chacun la dignité. Les limites de toute recherche libérale d’un minimum pour un maximum de personnes, sont ici bien posées.

Pour autant le pape ne donne prise à aucune tentation de récupération politique, d’abord par l’humilité de la posture « Ni le Pape ni l’Eglise n’ont le monopole de l’interprétation de la réalité sociale, ni le monopole de la proposition de solutions » et, plus encore, par l’affirmation que le champ politique, radicalement nécessaire, est insuffisant. L’État doit garder sa force face aux institutions économiques et financières transnationales, mais l’histoire nous a appris « qu’un changement des structures qui n’est pas accompagné d’une conversion…des attitudes …finit par se bureaucratiser , se corrompre et succomber ». François pose donc la nécessité d’un changement social autant que politique dont il ne donne pas la recette, mais dont il propose les conditions préalables : la prise en compte du temps long, la capacité paradoxale à agir localement par l’enracinement, et à prendre de la distance, la créativité nécessaire aux dirigeants… L’appel au respect des droits de l’Homme et des peuples est nourri d’une vision de la personne qui consonne avec la recherche menée par Esprit Civique ; la nécessaire imbrication des choix politiques et des combats sociaux se réfère à des mots qui nous touchent : solidarité, fraternité, subsidiarité.

Pour globaliser l’espérance François rappelle à chacun sa responsabilité, la nôtre semble d’intégrer dans notre réflexion et notre action politique la multiplicité des champs qu’il nous propose de cultiver.

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