LAUDAT0 SI’ : Demandez le programme !

Par Philippe Segretain

Familiers des motions et utilisateurs des analyses stratégiques des technocrates, vous n’attendez d’une encyclique du Pape qu’un élément de mesure de la diffusion de vos certitudes, et au mieux un renfort dans votre communication. Avec Laudato Si’ vous ne serez pas déçu, mais prenez le temps de la lire, et elle se lit bien, c’est aussi de vous dont parle François !

Vous serez comblés par la qualité de l’analyse qui lie dans le quotidien et dans la vision eschatologique l’homme et la nature, vous serez sensible à la voix d’un homme du Sud qui sait dire le lien entre la misère, la dégradation de la planète et la montée des périls, de la montée des eaux à la montée des risques de guerre.

Mais soyez attentifs à l’un des fils conducteurs de ce texte, le lien entre le temps et l’espace, cet appel à inverser les priorités qui est bien sûr condamnation du temps bref et appel au respect du temps long de la nature et de la vie. Et vous verrez alors que le Pape doute de la capacité des politiques à dépasser le rythme électoral, à se situer dans une vision qui intègre le long combat pour la solidarité et la protection du patrimoine naturel commun. L’immédiateté politique est pour lui le dramatique pendant de l’instantanéité financière. Son appel à la mobilisation des opinions publiques, des outils associatifs et autres ONG, s’appuie sur le constat de la faiblesse du discours politique quand d’autres acteurs, bénévolants ou prédateurs, ont pris en main le débat public, et y apportent leurs intuitions heureuses et parfois malheureuses.

Et pourtant ce Pape redit la nécessité du constat et du combat politique. Il se scandalise d’abord du gouffre entre le caractère prophétique des conclusions du sommet de Rio et le « long et inefficace document final » de la conférence des Nations Unies Rio+20. Puis il emploie des mots forts comme celui de la nécessité d’un gouvernement mondial pour la gestion des communs, pour « planifier, coordonner, veiller et sanctionner ». Il rappelle les outils du politique, le droit, la jurisprudence, la régulation. Il établit un parallèle intéressant entre cette vieille notion du droit canon, la subsidiarité, et l’exercice à chaque niveau pertinent du devoir de responsabilité. Il s’appuie sur les méthodes démocratiques qui permettent de valider l’étude d’impact d’un projet. Cela ne vous rappelle-t-il pas des débats ouverts en France ? Mais sceptique sur toute tentation idéologique, il pousse à une action qui parte du terrain en utilisant d’abord les collectivités locales.

Et c’est là que vous allez le surprendre. Son analyse globale, qui sera présente dans les débats d’Esprit Civique à son Université Populaire à Cluny en octobre ne permet plus de distinguer le combat écologique du combat pour la solidarité, urbi et orbi, pour la ville et le monde. Nous pouvons en faire la base de nos prochains combats, régionaux et nationaux. Demandez le programme, il est dans LAUDATO SI’.

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