M. Mallé: «Réfléchir à ce qui fonde»

Voici l’intervention de Jean-Philippe Mallé, député des Yvelines, lors de la soirée de lancement du laboratoire d’idées Esprit civique, mardi 9 avril.

Merci de votre présence nombreuse, ce soir, pour le lancement de notre cercle Esprit Civique. Quelle fierté et quelle joie de voir ce soir tant de personnalités marquantes du débat public répondre favorablement à notre invitation.

Merci particulièrement à Jacques Delors qui nous fait l’honneur et l’amitié de sa présence. Merci Monsieur le Président d’être là ce soir avec nous.

Prendre le temps de réfléchir à ce qui fonde l’action politique

L’actualité politique est là, nous ne l’avons pas choisie ; elle valide cependant notre intuition : il nous faut prendre le temps de réfléchir à ce qui fonde, à gauche, l’action politique ; oui, il est grand temps de réfléchir sérieusement au sens que nous donnons à nos engagements.

Esprit Civique se propose donc d’être un laboratoire d’idées, ouvert à celles et ceux qui, dans la diversité de leurs sensibilités, partagent la culture humaniste inspirée du personnalisme. Esprit Civique place la Personne, avec ses droits et ses devoirs, au cœur de la Gauche : cela veut dire que la liberté individuelle ne peut trouver un sens que vécue dans la relation à l’autre, la coopération et l’attention aux plus vulnérables.

Je veux être précis : Esprit Civique n’est pas et ne sera pas un mouvement politique, énième courant de la Gauche ou, encore, du Parti socialiste. Les chrétiens sont présents dans toutes les familles politiques, et rien n’est pire, pardonnez-moi d’être un peu pascalien, que la confusion des ordres, confusion qui se termine toujours très mal.

En revanche, et c’est l’objet de notre initiative, nous voulons faire vivre dans ce nouveau cercle de réflexion cet héritage du christianisme social, une des sources d’inspiration les plus fécondes de la Gauche.

Les repères clairs de la justice sociale et de la fraternité

Révolutions numériques et sociologiques, dérégulations financières, défi écologique : plus qu’une crise, notre société doit faire face à une profonde mutation, un passage vers des temps nouveaux. Nous voulons contribuer à cette traversée avec les repères clairs de la justice sociale et de la fraternité, cette dernière étant la valeur trop souvent oubliée de la devise républicaine.

Or, nous devons réaliser cette traversée en dépit de puissants vents contraires, je veux parler des vents dominants de l’idéologie libérale et libertaire, partout présente aujourd’hui.

Concrètement, au quotidien, cela se traduit par le fait que le législateur, c’est-à-dire le député, votre serviteur, est vécu par beaucoup comme un prestataire de service à qui injonction est faite de répondre favorablement aux différentes demandes particulières et catégorielles.

Dans une tribune du quotidien Les Echos en date du 18 janvier dernier, le philosophe Roger Pol Droit écrivait, à juste titre me semble-t-il :

« Le vrai fossé qui s’est creusé, ces dernières années, sépare ceux qui privilégient des normes communes, et ceux qui donnent toute priorité aux désirs individuels et exigent que la loi en facilite avant tout la réalisation. Ces deux manières de voir engagent chacune une multitude d’options, décisions éthiques, politiques, philosophiques, choix de société. »

Mesdames et Messieurs, chers amis, l’enjeu est posé ici avec une grande justesse, enjeu auquel devra répondre Esprit Civique : il s’agit en effet de travailler au Bien commun, dans un contexte où le politique est réduit par l’idéologie matérialiste et individualiste, à une simple expertise, à une simple technique.

Esprit Civique apportera bien sûr sa contribution à la nécessaire moralisation et modernisation de la vie politique.

Au passage, qu’il me soit permis de dire qu’aucune loi, aucune règle ne peut remplacer la conversion du regard à laquelle chacun de nous doit se soumettre dans son rapport à l’argent et au pouvoir. De ce point de vue, je veux dire à quel point des personnalités ici présentes telles que Jérôme Vignon ou Jean-Baptiste de Foucauld peuvent être des modèles.

Université d’automne, colloques, revue électronique

Avec Esprit Civique, nous voulons aider la Gauche à inscrire son action et son projet dans le grand récit patriote et républicain qui lui fait tant défaut aujourd’hui. Et nous sommes nombreux à être demandeurs d’une plus grande audace en matière de justice sociale.

Européens convaincus nous ne suivons pas ceux qui pensent, et le disent, que la France n’est qu’une province de l’Europe.

Les Etats nations sont toujours vivants. Ils sont inscrits profondément dans l’histoire, particulièrement en France où vous savez le rôle primordial joué par l’Etat.

Cela n’obère en rien notre volonté de poursuivre la construction européenne mais, avec Jacques Delors ou Hubert Védrine, nous pensons que cette construction ne peut se faire que dans le respect des identités nationales auxquelles, qu’on le veuille ou non, les peuples sont attachés. Ne pas le voir, ne pas le comprendre, c’est non seulement s’exposer à de cruelles désillusions, mais c’est aussi faire le lit de tous les populismes.

Il y a urgence me semble-t-il à mener une réflexion sur cette question de l’Europe et de la forme qu’elle pourrait prendre à l’avenir.

Vous le voyez, le travail ne manque pas. D’ores et déjà un site internet – au nom d’Esprit Civique – vient d’être ouvert. Notre feuille de route devrait se remplir prochainement de plusieurs rendez-vous : université d’automne, colloques, revue électronique. De tout cela vous serez, bien entendu tenu, régulièrement, informés.

Jean-Philippe Mallé

 

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